jeudi 2 novembre 2017

Loups



C’est toujours avec beaucoup de plaisir que j’écoute et regarde les chroniques de Christian Combaz. À propos de celle qu’il a consacrée aux loups, j’aimerais simplement ajouter que le problème des loups hybrides n’est ni nouveau, ni limité à la France.
En Alaska, les habitants savent bien que si on mélange un chien de traîneau et un loup, on court à la catastrophe. En Russie, on a fait la même constatation en ce qui concerne les hybrides loup-renard. Le renard, en effet, réagit essentiellement au mouvement. Quand un renard entre dans un poulailler, il ne tuerait qu’une seule poule si les autres ne s’affolaient pas ; même chose pour les moutons. Le loup qui, comme le mentionne Combaz, se contente généralement de proies lentes, malades ou âgées, se transforme en tueur en série s’il héberge des gènes de renard. La même chose pour les chiens. “Il est gentil. Il ne ferait pas de mal à une mouche” disent souvent les propriétaires de rottweilers, pit-bull terriers, ou bergers allemands. C’est  souvent vrai jusqu’au moment où un gamin passe en courant devant eux. Là, l’instinct reprend le dessus.
En Arkansas (et certainement ailleurs, mais je parle de ce que je connais) on ne s’aventure pas seul dans les massifs montagneux boisés, et on ne le fait que sous la protection de bonnes armes à feu. Tenter le contraire serait suicidaire. Loups et ours ne sont pas le problème dans ces collines : ils évitent la confrontation ; mais les meutes de chiens redevenus sauvages attaquent systématiquement. 

mardi 24 octobre 2017

Exceptions



Exceptions qui confirment la règle.
La reprise d’un film est moins bonne que l’original. C’est vrai, mais…
Je pense à deux exceptions. Il y en a probablement d’autres.
Three Men and a Baby, mis en scène par Leonard Nimoy est une reprise du film français Trois hommes et un couffin de Coline Serreau. J’y ai trouvé les dialogues moins hystériques et beaucoup plus drôles que dans l’original. La qualité de l’image est meilleure, et le spectateur sympathise plus facilement avec les protagonistes.
Lolita d’Adrian Lyle est une reprise du Lolita de Stanley Kubrick. J’ai une immense admiration pour Kubrick, mais tout artiste, même tout grand artiste a des moments de faiblesse. Le Lolita de Kubrick est malmené de plusieurs façons. Lolita, qui est censée n’avoir que quatorze ans, en a clairement vingt ou plus. Quant au professeur, joué pourtant par le formidable James Mason, le scénario s’acharne à nous le présenter comme un être dur, égoïste et attiré uniquement par le côté physique de Lolita. Le spectateur a beaucoup de mal à s’identifier à un personnage aussi rébarbatif. Lolita elle-même n’est qu’une petite aguicheuse pleine de caprices. Son cœur est froid comme un glaçon. Par contraste, la Lolita d’Adrian Lyle n’avait vraiment que 14 ans au moment du tournage, et ça se sent tout de suite. Elle n’est pas amoureuse de son professeur, mais elle dégage une chaleur humaine, une dimension psychologique et une intense sensualité, que la Lolita de Kubrick ne possède pas. Le professeur, joué par Jeremy Irons, est sympathique. Il n’est pas attiré uniquement par le physique de Lolita : il en est vraiment amoureux. Si l’on ajoute la somptuosité des images et des cadrages, on se retrouve devant un vrai chef d’œuvre, comparé à une entreprise ratée.
Autre lieu commun : le film tiré d’un livre est moins bon que le livre.
C’est très souvent vrai, surtout si le livre est excellent.
Je n’aime pas beaucoup les romans de Stephen King, et puisque nous parlons exceptions, j’en mentionnerai une : Misery. Pourquoi ? Parce que dans Misery on ne rencontre ni fantômes ni esprits maléfiques. Dans un roman, amener des esprits est vraiment une solution de facilité, un deus ex machina. On peut leur faire accomplir n’importe quoi n’importe quand. Les limites physiques et mentales de l’être humain sont abolies ; or ce sont précisément ces limites et ce carcan qui sont à l’origine du drame de la condition humaine. C’est pour cela que j’aime Misery : aucune intervention extrahumaine. Comparé au roman, le film de Bob Reiner est médiocre, et confirme ainsi l’idée communément acceptée que le film est inférieur au livre.
Restons avec Stephen King, mais cette fois pour The Shining. L’auteur présente les fantômes et autre esprits maléfiques comme étant bien réels, au point qu’ils s’échappent de l’hôtel en flamme par les fenêtres ! Mais maintenant nous retrouvons Stanley Kubrick. Dans son film, tout ce qui est magique et visions terrifiantes se passe strictement dans les imaginations surchauffées de l’écrivain raté et de son fils. Résultat : un chef d’œuvre qui dépasse de loin le roman.

vendredi 6 octobre 2017

Je sais, je sais !



On adore savoir. On aime moins faire l’effort de chercher à savoir. Quand l’homme préhistorique se demandait ce qu’il y avait au-delà de l’océan, ce qu’était le tonnerre, la course du soleil dans le ciel, la naissance, la souffrance et la mort, il se trouvait déjà des petits malins pour lui dire : “Moi je sais !” Ce fut la naissance des religions, la superposition de l’empire du rêve sur celui de la réalité.
Si l'on excepte l'alchimie, qui n'a jamais donné de grands résultats, la recherche scientifique n’existait pas au Moyen-Age. Cela n’empêchait nullement nos ancêtres d’élaborer de stupéfiantes techniques : moulins à eau et à vent qui ne se contentaient pas de moudre du grain ou de faire monter de l’eau. Ils actionnaient des scieries, des tanneries, des forges et bien d’autres activités mécaniques. N’oublions pas les extraordinaires machines de construction, responsables de nos châteaux-forts et de nos cathédrales (entre autres). En effet, il ne faut pas confondre science et technique.
À partir du XVI° siècle (en gros) on a opposé science et religion, la science étant à la recherche du réel, et la religion à la recherche de rien car, comme le dit Molière : “Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris.” Les catholiques taxaient alors les scientifiques d’arrogants, un choix d’adjectif bien malheureux lorsque l’on compare ceux qui cherchent à savoir à ceux qui prétendent savoir. Certes, comme dans tous les milieux et toutes les professions, il ne serait pas trop difficile de trouver des savants arrogants, mais comparée aux affirmations péremptoires des religions, la science est un modèle d’humilité.
Les choses ont-elles changé ? C’est une question de degré. “Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien” disait Socrate. Ce que les scientifiques savent sans l’ombre d’un doute, c’est que chacune de leurs découvertes accouche d’une flopée de nouvelles questions et de nouveaux mystères à résoudre. Ils savent aussi que la science a, dans beaucoup de domaines, expliqué (en partie) comment ça marche, mais jamais pourquoi. Alors, dans ce vide gnostique, les héritiers des chamans et des papes se précipitent en criant : “Moi, je sais, je sais !”