lundi 23 janvier 2017

Pauvreté



Qu’est-ce que la pauvreté ? Qu’est-ce que la richesse ? Dans les années 60, un jeune Indien, prof de maths, me disait : « Je préfèrerais me suicider plutôt que d’être obligé de retourner dans mon pays. Là-bas, un instit doit économiser environ 3 ans avant de pourvoir s’acheter une bicyclette. » C’était il y a 50 ans. On espère que les choses se sont améliorées depuis.
L’existence de la pauvreté a toujours fait réfléchir. “Si la majorité de la population est pauvre”, se disait le jeune Siddhârta Gautama (avant d’être plus connu sous le nom de Sakyamuni, puis de Bouddha) “c’est parce que la pauvreté imprègne la condition humaine. C’est donc dans l’état de pauvreté que réside l’essence même de cette condition humaine.” François d’Assise semble avoir suivi le même raisonnement. Quant au Christ, il a dit : “Il y aura toujours des pauvres parmi vous.”
Lorsque, dans les années 50, on disait des États-Unis qu’ils jouissaient du plus haut niveau de vie que le monde ait jamais connu, il se trouvait toujours des grincheux pour ajouter : “Oui, mais il y a encore des pauvres.” Comme si le fait qu’une société ne soit pas parfaite suffise à la condamner dans son ensemble. À l’aulne de ce jugement, tout est condamnable, car rien n’est parfait.
Vers la fin des années 80 est apparue aux États-Unis une série télévisée appelée Roseanne qui eut le courage d’aborder le problème de la descente d’une bonne partie de la société américaine vers la pauvreté. Cette descente avait commencé dix ans plus tôt mais n’avait eu rien de spectaculaire. C’était un cancer à la fois invisible et silencieux.  Les maisons étaient les mêmes, les voitures aussi. Le niveau de vie restait, pour l’immense majorité des Américains, l’un des plus élevés au monde. La détérioration, cependant s’accentuait lentement d’année en année.
Qu’en est-il de nos jours ? Extérieurement, les choses ont peu changé, même si les voitures ont rétréci. Ce qui a le plus rétréci, c’est le pouvoir d’achat de l’Américain moyen. Typiquement, il a pourtant un travail (le chômage est à moins de 5%). 
Alors, qu'est-ce qui cloche ? S’il est allé à l’université il s’est endetté. Cela peut aller de $50 000 pour une licence à $200 000 pour un doctorat. L’immobilier, qui est à peu près le même qu’en Europe dans les grandes villes, mais plus raisonnable dans les petites, demeure un pesant fardeau. Les dépenses médicales sont un cauchemar permanent car malgré les assurances elles peuvent anéantir en quelques jours les économies de toute une vie. De plus en plus de ménages doivent faire face à ces trois empêcheurs de tourner en rond. Résultat : malgré les apparences, le niveau de vie de l’Américain moyen ressemble maintenant étrangement à celui de l’Européen moyen. Il faut, bien sûr, être conscient de l’existence de spectaculaires exceptions dans un sens ou dans l’autre. 
Cela aide à comprendre pourquoi tant d’Américains ont rejeté l’assurance médicale universelle mise sur pied par Obama. Pour une famille typique de 4 personnes (un couple et deux enfants) il fallait compter une dépense supplémentaire d’environ $400 par mois. C’est la (grosse) goutte d’eau qui aurait fait déborder le budget familial. On mesure, là encore, la distance qui sépare les politiciens de la population. Pour les premiers, $400 par mois c’est de la rigolade. Pour les seconds cela peut être une tragédie.
Dans la série télévisée Roseanne, on observe la vie d’une famille qui, il faut le préciser, ne boit pas, ne fume pas et ne joue ni aux courses ni aux jeux de hasard. Malgré tous leurs problèmes financiers, ils ne passent pas leur temps à broyer du noir. L’atmosphère familiale est vivante, aimante et pleine d’humour. Cette série a représenté une révolution dans la façon dont l’Amérique s’observait elle-même.
Une variante plus amère sur le même thème est apparue en 2000 : Malcolm. Cette série présente l’immense avantage sur les autres de n’avoir pas de rires enregistrés. Les prémisses sont les mêmes que pour Roseanne : une famille, certes déjantée mais travailleuse arrive à peine à joindre les deux bouts.
Roseanne et Malcolm sont des symboles ou, si l’on veut, des illustrations de la situation financière difficile dans laquelle se trouvent des millions de familles américaines. En les évoquant, Donald Trump a dit que c’était « un véritable carnage ». Pourra-t-il y remédier ? Ce n’est pas sûr. Ce qui est sûr, par contre, c’est que la presse bien-pensante va continuer à se déchaîner contre lui, et que juristes, banquiers, politiciens professionnels et assureurs feront tout pour lui mettre des bâtons dans les roues.

dimanche 15 janvier 2017

Liberté d'entreprendre



Comment expliquer le phénomène de société que fut la révolution industrielle des XVIII° et XIX° siècles, et pourquoi est-elle née en Angleterre plutôt qu’au Danemark, en Ouganda ou au Mexique ? Et surtout, pourquoi pas, en France qui, avec tous les pays occidentaux a certes connu aussi cette révolution, mais avec cinquante ans de retard ?
Dans toute situation complexe, il ne faut pas chercher une seule raison, mais un ensemble de raisons qui, à un moment donné, affectent une partie de la planète ; ce qui signifie que la première de ces raisons, c’est le hasard.
Le hasard a fait que l’Angleterre soit positionnée sur d’énormes réserves de charbon. C’est également le hasard si les problèmes rencontrés pour hisser ce charbon vers la surface a poussé les inventeurs et ingénieurs de l’époque à construire les premières machines à vapeur efficaces.
Une autre grande raison, c’est la mentalité. Quand les propriétaires de mines ont voulu mettre en place des systèmes d’extraction révolutionnaires, ils l’ont fait sans rien demander à qui que ce soit. Quand ils ont voulu multiplier par dix le réseau de canaux, ils n’ont pas rencontré de problèmes majeurs. Quand ils ont créé de toutes pièces des milliers de kilomètres de chemins de fers, cela s’est fait en un temps record.
Pendant ce temps, la France avait créé l’Institut des Sciences, calqué peu ou prou sur le modèle de l’Académie Française. Jusque-là, rien à dire. Malheureusement, les grandes innovations industrielles devaient obtenir l’aval de cet institut avant d’avoir le droit de se développer. Même chose pour les routes, les canaux et les chemins de fer. L’étouffement systématique de l’économie par la bureaucratie n’est pas, hélas, un phénomène récent. C’est un état d’esprit auquel les syndicats se sont ralliés avec enthousiasme, et dont nous pâtissons tous les jours.
On fait remarquer avec raison que cette liberté d’entreprendre en Angleterre a conduit à un véritable esclavage des ouvriers avec son aspect le plus révoltant : l’exploitation des enfants.
Oui, chers Africains, nous savons parfaitement ce que c’est que l’esclavage, car avant, pendant et après la traite des noirs, nous l’avons imposé à des millions de nos propres citoyens comme, d’ailleurs, vous l’imposiez aux vôtres depuis des siècles.
Si la bureaucratie française nous avait épargné de telles horreurs, nous pourrions en être fiers, mais il n’en est rien. Il suffit de lire Zola pour voir que nous avons connu à la fois la camisole de force administrative, l’esclavage des prolétaires et la pauvreté généralisée.
L’un des aspects les plus tristes de cette situation, c’est que, parallèlement aux Faraday, Watt, Joule et Darwin, nous avions aussi en France de très grands esprits scientifiques : Lavoisier, Lamark, Laënec, Laplace (il semblerait que posséder un nom commençant par « la » soit un avantage) mais aussi Cuvier, Buffon et bien d’autres. Ils furent peu, ou pas assez écoutés. (Encore heureux si on ne leur coupait pas la tête).
Et de nos jours ? Demandez aux jeunes Français qui se sont établis en Angleterre pour y fonder une petite ou très petite entreprise, ce qu’ils pensent de leur situation. La réponse est presque toujours la même : « Mon niveau de vie n’est pas plus élevé qu’en France ».
« Alors, pourquoi restez-vous ? »
« Je me sens tellement plus libre ! » En France, en effet, on a l’impression qu’il va bientôt falloir remplir un formulaire en trois exemplaires, avec autorisation du préfet, pour aller aux chiottes.
Ne nous étonnons pas si les Britanniques ont choisi le Brexit. L’Europe les conduisait tout droit à l’étouffoir.

vendredi 13 janvier 2017

Réaction de lecteur

Alain Cadu a lu "Quadrille".



J'ai avalé le livre d'une seule traite et j'ai pris mon pied plus que certains de vos protagonistes qui font rimer mal à l’aise avec baise. Ce quadrille chaud à souhait m'a révélé de drôles de loulous plus ou moins entrevus dans la vie réelle. Qui n'a pas connu sa famille catho-coincée ou son petit voyou fort en gueule ? C'est une belle galerie de portraits à la première personne : bravo ! Chez nous en Bocage, le quadrille c'est l'en avant-deux. Deux pas en avant, un pas en arrière. Cela s'applique aussi à vos personnages imparfaits, indécis, imprévisibles, comme nous tous, d’ailleurs.
Chacun danse sa vie comme il le peut