jeudi 9 juin 2016

va-et-vient



Une amie, en Nouvelle Zélande, me dit qu’elle attend avec une pointe de tristesse la date du 21 juin, début officiel de l’hiver austral. Personnellement, c’est aussi avec une pointe de tristesse que je vois arriver la date du 22 juin. On devrait s’en réjouir puisque c’est la date officielle de l’arrivée de l’été. Malheureusement, c’est aussi pour nous la date à laquelle les jours commencent à diminuer de longueur. À partir du 22 juin, nous nous avançons un peu plus chaque jour vers le froid de l’hiver.
Au nord et au sud, nous sommes un peu comme sur un tape-cul de jardin d’enfants : l’un monte pendant que l’autre descend.
Notre bonne vieille terre, avec son petit air penché à 23°, est une planète qui n’est pas tout à fait ronde. A cause de la précession des équinoxes, elle oscille comme une vieille toupie tout en poursuivant autour du soleil (à la vitesse de 30 kilomètres par seconde,) une course qui n’est même pas circulaire.
Nous survivons sur un monde merveilleux, mais éminemment imparfait, fragile et instable. Carpe diem…

A New Zealand friend of mine tells me that she is waiting for the date of June 21st with a touch of sadness : it’s the official start of winter in the Southern hemisphere. I too look to June 22nd with a touch of sadness, though I shouldn’t. After all, it’s the official start of summer in the Northern hemisphere. Unfortunately, it’s also the time when days start getting shorter and shorter. From June 22nd, we edge a little more every day towards winter.
I feel as if my friend and I are on the see-saw swing of a children’s playground. One of us goes up while the other one goes down.
Our good old Earth, with her 23°-tilt, is not even perfectly round. Under the influence of the precession cycle of equinoxes, it wobbles like a tired spinning-top, while turning around the sun at the speed of 30 kilometers per second on an orbit that is not even circular.
We survive on this wonderful, but eminently fragile, unstable and imperfect world. Carpe diem…



dimanche 5 juin 2016

Grandes découvertes



Extraordinaires avancées scientifiques ! La télé vient de résoudre deux des plus grands mystères qui préoccupent les esprits scientifiques : la maîtrise du temps et l’utilisation de la matière noire.
Il y a quelques années de cela, ou même parfois quelques mois seulement, les programmes de télévision censés commencer à 20h50 commençaient effectivement à 20h50. Puis ce fut 20h55, puis 21h. On en est maintenant à 21h06.
Alors, à quand 21h15 ou, pourquoi pas tant qu’on y est, 21h30 ? Miracle de la science moderne : on a réussi à étirer le temps !

90% de ce qui constitue l’univers est, paraît-il, formé d’une mystérieuse matière noire. Non seulement on a su la trouver, mais on a su la maîtriser.
Que ce soit « Barnaby », « Les Experts Manhattan », « Lie to me » et bien d’autres séries, les acteurs se meuvent dans une demi-obscurité. Dois-je acheter un téléviseur dernier cri à 900€ ? Non : mon écran plat est excellent, et si je passe à l’un des JT qui pullulent sur les programmes, ou simplement un documentaire, ou même des séries comme « Les Experts Miami », « Meurtres au Paradis » ou même encore de « vieilles » séries, genre « Sœur Thérèse.com », tout est normal, tout est clair.
Filmer en lumière « naturelle », c’est pour faire plus réaliste, paraît-il : pas de projecteurs d’appoint. Alors, faisons encore plus réaliste : pas de scénario, pas de répétitions d’acteurs, pas de maquillage. On atteindrait ainsi la perfection.  

mercredi 1 juin 2016

Esprits simples



Quand ma fille est née, je me suis demandé comment elle passerait du stade de l’innocence à la réalisation que le monde est peuplé de grosses brutes, d’hypocrites, de dominateurs et d’arnaqueurs, puis à la réalisation peut-être encore plus douloureuse, que ceux qui se prétendent les guides de notre société n’éprouvent à l’égard des criminels et délinquants que la plus profonde indifférence, quand ils ne vont pas (comme le fait en ce moment un soi-disant Ministère de la Justice) jusqu’à les encourager.



C’est peut-être pour cela que si le bien triomphe du mal dans un roman ou dans un film, on a chaud au cœur en refermant le livre, en sortant de la salle de cinéma ou en éteignant la télé. Je ne parle pas des westerns. Dès le départ, on sait que les cowboys au chapeau blanc prendront le dessus sur ceux qui, mal rasés, ivrognes et crachant des jets de tabac à chiquer, portent un chapeau noir, la victoire des chapeaux blancs sur les chapeaux noirs ne s’accomplissant d’ailleurs qu’après des scènes de violence inouïe.



Non : je pense surtout à ces histoires au cours desquelles on admire sincèrement le bien, au point d’en avoir les larmes aux yeux. Ce n’est plus sur la page ou sur l’écran que le bien triomphe alors du mal : c’est en nous-mêmes.



C’est Gandhi qui, sous les coups de bâton, continue à brûler les laisser-passer des noirs et des Indiens, puis toujours avec un grand calme, organise la résistance contre le monopole britannique sur le tissage et le commerce du sel. Là, ce n’est pas de la littérature ou du cinéma : c’est la réalité dans sa chair, et dans la souffrance de la chair.



C’est la Félicité de Gustave Flaubert. Cette femme a vraiment existé. Elle va et vient dans Madame Bovary, mais a aussi inspiré l’admirable nouvelle : Un Cœur simple. Elle réapparaît une troisième fois, sous le nom de Catherine Leroux, dans l’épisode de Madame Bovary connu sous le nom de : la fête des comices.



"Alors on vit s'avancer sur l'estrade une petite vieille femme de maintien craintif, et qui paraissait se ratatiner dans ses pauvres vêtements. Elle avait aux pieds de grosses galoches de bois, et, le long des hanches, un grand tablier bleu. Son visage maigre, entouré d'un béguin sans bordure, était plus plissé de rides qu'une pomme de reinette flétrie, et des manches de sa camisole rouge dépassaient deux longues mains, à articulations noueuses. La poussière des granges, la potasse des lessives et le suint des laines les avaient si bien encroûtées, éraillées, durcies, qu'elles semblaient sales quoiqu'elles fussent rincées d'eau claire ; et, à force d'avoir servi, elles restaient entrouvertes, comme pour présenter d'elles-mêmes l'humble témoignage de tant de souffrances subies. Quelque chose d'une rigidité monacale relevait l'expression de sa figure. Rien de triste ou d'attendri n'amollissait ce regard pâle. Dans la fréquentation des animaux, elle avait pris leur mutisme et leur placidité. C'était la première fois qu'elle se voyait au milieu d'une compagnie si nombreuse ; et, intérieurement effarouchée par les drapeaux, par les tambours, par les messieurs en habit noir et par la croix d'honneur du Conseiller, elle demeurait tout immobile, ne sachant s'il fallait s'avancer ou s'enfuir, ni pourquoi la foule la poussait et pourquoi les examinateurs lui souriaient. Ainsi se tenait, devant ces bourgeois épanouis, ce demi-siècle de servitude."



Dans le domaine de la fiction, on trouve Jefferson Smith, qui va à Washington. Sénateur naïf, ignorant tout des règles politiciennes, puis s’y opposant avec courage, il devient le symbole de l’honnêteté face aux corruptions gouvernementales.



C’est Atticus Finch qui prend la défense de Tom Robinson dans To kill a Mockingbird.



C’est Forest Gump, bien sûr, qui ne se rend compte ni de la laideur du monde, ni de la chance qui lui sourit, mais qui sème le bonheur autour de lui.



C’est Gideon, dans le film du même nom de la grande réalisatrice Claudia Hoover, un simple d’esprit dont la sagesse inconsciente change, sinon le monde, du moins le monde d’une maison de retraite, illustrant ainsi les Béatitudes.



On pourrait en ajouter bien d’autres. Ces personnages, réels ou fictifs, répondent à une véritable soif de justice en nous tous, à un besoin d’équité, et surtout au besoin de croire que ce n’est pas toujours le mal qui gagne la partie. Cet idéal se heurte, hélas, à la réalité.